MMA a Metz : dans les coulisses du FAF in Octogon, evenement qui fait vibrer le Grand Est

Il est 18 heures ce vendredi 7 fevrier 2025, et les portes des Arenes de Metz viennent de s’ouvrir. Dans le grand hall du palais omnisports, les premiers spectateurs franchissent les tourniquets d’un pas presse, impatients de gagner les gradins. Au centre de la salle, baignee dans une lumiere bleutee, la cage octogonale attend ses gladiateurs. L’odeur du tapis neuf se mele a celle des sandwichs du stand de restauration. Sous les tribunes, dans les vestiaires au carrelage blanc, des combattants s’echauffent en silence, concentres, les ecouteurs visses sur les oreilles. Leurs coaches leur murmurent les dernieres consignes. Dehors, une file s’etire jusqu’au parking. Ce soir, Fight and Furious in Octogon — FAF in Octogon pour les inities — presente sa deuxieme edition, avec plus de dix combats de MMA professionnel. Parmi les 4 500 spectateurs attendus, beaucoup viennent decouvrir pour la premiere fois un gala de MMA en direct. D’autres sont la parce qu’ils savent : quelque chose est en train de naitre a Metz, et ils veulent en etre temoins.

Depuis la legalisation du MMA en France en janvier 2020, des dizaines d’organisations regionales ont vu le jour aux quatre coins de l’Hexagone. Mais rares sont celles qui ont grandi aussi vite que le FAF in Octogon. En a peine deux ans et trois editions, cet evenement messin s’est impose comme l’un des rendez-vous incontournables du Grand Est pour les amateurs de sports de combat. Derriere cette ascension, il y a deux hommes, un club, une communaute — et une vision tres claire de ce que le MMA regional peut devenir quand il est porte par des passionnes. Ce reportage plonge dans les coulisses d’une aventure humaine et sportive qui depasse largement les frontieres de la Moselle.

La genese : deux champions de Muay Thai deviennent promoteurs

Pour comprendre le FAF in Octogon, il faut d’abord comprendre ses fondateurs. Amine Zitouni et Mhand Boukkedim ne sont pas des investisseurs arrives de l’exterieur. Ce sont des hommes du combat, formes sur les rings, trempes par des annees de competition. Amine Zitouni est double champion de France de Muay Thai (2009 et 2013, Elite Classe A) et champion d’Europe. Mhand Boukkedim, son associe de longue date, partage la meme passion et la meme rigueur. Ensemble, ils dirigent le Boxing Club Woippy, un club qu’Amine a fonde en 2019 dans l’agglomeration messine et qui propose des programmes en MMA, Muay Thai, kickboxing et K1.

L’idee de creer un evenement MMA n’est pas venue d’un coup de tete. Pendant des annees, les deux hommes ont organise des galas de Muay Thai et de kickboxing a Woippy et dans les environs. Ils connaissaient la logistique, les exigences reglementaires, les attentes du public. Mais le paysage avait change : depuis la legalisation du MMA en France sous l’egide de la FMMAF (Federation francaise de MMA), une nouvelle discipline attirait des milliers de pratiquants et de spectateurs. Le Grand Est, malgre son vivier de clubs et de combattants, manquait d’un evenement de reference. Amine et Mhand ont decide de combler ce vide.

Le nom choisi — Fight and Furious in Octogon — annonce la couleur. Pas de pretention a rivaliser avec l’UFC ou le Bellator. Juste la promesse d’un spectacle intense, authentique, ancre dans un territoire. Le sigle FAF in Octogon s’est rapidement impose dans le vocabulaire des fans lorrains. Et la premiere edition, programmee pour janvier 2024, allait servir de banc d’essai grandeur nature.

FAF in Octogon 1 : le bapteme du feu a Saint-Symphorien

Le 27 janvier 2024, le complexe sportif Saint-Symphorien de Longeville-les-Metz accueille la toute premiere edition du FAF in Octogon. Six combats sont programmes. Pour un premier evenement, le pari est deja audacieux : les organisateurs n’ont choisi que des affiches competitives, refusant les combats de remplissage. La FMMAF a valide le cadre reglementaire. Les arbitres sont certifies. Le staff medical est en place. Tout est fait dans les regles.

Et les resultats sont a la hauteur de l’ambition. Youssef Boughanem, legende vivante du Muay Thai qui effectue sa transition vers le MMA, s’impose face a l’Ukrainien Dima Glevka par TKO au deuxieme round. Karim Ghajji, autre figure respectee des rings de kickboxing, obtient une soumission au premier round contre Raphael Ngoma. Rayan Mekki et Babaci Lyes livrent egalement des performances remarquees. Le combat d’ouverture voit S. Mezoughi soumettre son adversaire en a peine 22 secondes — un eclair qui met le public debout.

Au-dela des resultats, c’est l’atmosphere qui frappe. Le complexe Saint-Symphorien, habituellement dedie au football et aux sports collectifs, s’est transforme pour l’occasion. Les gradins sont pleins, l’ambiance est electrique, les cris montent a chaque round. Les retours sont unanimes : le public messin etait pret pour le MMA, et le FAF in Octogon a su repondre a cette attente. La question n’est plus de savoir s’il y aura une deuxieme edition, mais ou et quand.

Les Arenes de Metz : quand le MMA investit un palais omnisports

Pour la deuxieme edition, les organisateurs voient plus grand. Beaucoup plus grand. Le 7 fevrier 2025, le FAF in Octogon 2 pose sa cage aux Arenes de Metz, le palais omnisports de la ville. Avec une capacite de 4 700 places, une hauteur sous plafond de 18 metres et une superficie de 4 680 metres carres au sol, les Arenes offrent un cadre professionnel digne des plus grands galas. Les gradins retractables permettent d’adapter la jauge, et les installations modernes — eclairage, sonorisation, ecrans geants — transforment chaque round en spectacle immersif.

Ce choix de salle n’est pas anodin. Les Arenes de Metz sont un lieu emblematique de la ville, habituellement reserve au handball (le Metz Handball, equipe de premiere division feminine), au tennis (le Moselle Open) ou a de grands concerts. Y organiser un gala de MMA, c’est envoyer un message clair : le MMA a sa place parmi les disciplines majeures, et Metz est prete a l’accueillir au plus haut niveau d’infrastructure.

Le soir de l’evenement, la salle est quasiment pleine. L’ambiance est differente de Saint-Symphorien : plus ample, plus spectaculaire, avec des jeux de lumieres et un son qui porte jusqu’aux derniers rangs. Les spectateurs les plus eloignes suivent les combats sur les ecrans geants. Les plus proches sentent l’impact des frappes, entendent le souffle des combattants, voient la sueur voler sous les projecteurs. C’est cette proximite, cette verite brute du combat, qui fait la force des evenements de MMA en salle.

FAF in Octogon 2 : la confirmation a grande echelle

La carte de combats de cette deuxieme edition temoigne de l’ambition montante. Plus de dix combats sont programmes, contre six pour la premiere edition. Le plateau est international : des combattants de France, de Belgique, du Bresil, du Portugal et d’Ukraine se croisent dans la cage messine.

En tete d’affiche, Patrick Habirora — surnomme « The Belgian Bomber » — vient defendre son bilan invaincu. Le combattant belge, deja fort de cinq victoires, affronte l’Ukrainien Dima Glevka (que les fans du FAF avaient deja vu lors de la premiere edition). Le combat ne dure pas longtemps. Habirora finit son adversaire par TKO au premier round, portant son bilan a six victoires. Apres le combat, il confiera aux cameras : « Je ne pensais pas a un finish aussi rapide. » La foule, elle, est aux anges.

Le reste de la carte confirme le niveau. Yassine Boughanem, le champion de Muay Thai belgo-marocain multi-titre (WBC Muay Thai, WKN, WPMF), poursuit sa transition vers le MMA en s’imposant face a Fabrice Toure. Ahmet Rasim Pala cree la surprise en battant Karim Ghajji. Le Bresilien Assis Silva domine Yannick Frachon. Alpha Ly s’impose face a Ugo Fuglistaller. De l’ouverture au main event, chaque combat apporte son lot d’emotions, de rebondissements et de moments de bravoure.

Pour les organisateurs, c’est la confirmation. Le FAF in Octogon n’est plus un pari — c’est un rendez-vous. La billetterie a ete prise d’assaut, la couverture mediatique s’est elargie (presse locale, medias sports de combat, reseaux sociaux), et les demandes de combattants pour figurer sur la prochaine carte affluent. Amine Zitouni et Mhand Boukkedim savent deja qu’il y aura une troisieme edition. La question est : comment faire encore mieux ?

Les coulisses : ce que le public ne voit pas

Organiser un gala de MMA regional en France, c’est un travail de longue haleine que le spectateur du vendredi soir ne soupconnne pas toujours. Derriere chaque edition du FAF in Octogon, il y a des mois de preparation. La premiere etape est la negociation avec la salle : disponibilite, couts de location, assurances, normes de securite. Les Arenes de Metz, gerees par la collectivite, imposent un cahier des charges strict. Il faut un plan de securite valide par la prefecture, un dispositif medical sur place (medecin, ambulance, protocole d’evacuation), et une coordination avec les services de police pour la gestion des flux de spectateurs.

Ensuite vient la construction de la carte de combats. Les matchmakers — en l’occurrence Amine Zitouni lui-meme, aide par son reseau — doivent trouver des oppositions equilibrees, attractives pour le public et validees par la FMMAF. Chaque combattant doit fournir un certificat medical a jour, etre licencie aupres de la federation, et respecter les regles de pesee. Les negociations avec les managers et les coaches prennent des semaines. Il faut parfois recomposer une affiche a la derniere minute quand un combattant se blesse a l’entrainement ou ne fait pas le poids.

La logistique le jour J est un ballet minutieusement orchestre. Montage de la cage (une structure de plusieurs centaines de kilos), installation de l’eclairage et de la sonorisation, mise en place des cameras, briefing des arbitres et des juges, pesee officielle des combattants, tests sonores, repetition des entrees des combattants. Le staff du FAF in Octogon mobilise des dizaines de benevoles, encadres par les equipes du Boxing Club Woippy. Chacun a un role : accueil du public, securite abords de la cage, gestion des vestiaires, coordination des medias.

Et puis il y a la dimension financiere. Un evenement de MMA regional en France ne genere pas les memes revenus qu’un show UFC. La billetterie, le sponsoring local et le merchandising constituent les principales sources de financement. Les organisateurs doivent jongler entre les couts incompressibles (location de salle, cachets des combattants, equipements, assurances, securite) et la necessite de proposer des tarifs accessibles au public. C’est un equilibre fragile, et beaucoup d’organisations regionales ne survivent pas au-dela de deux ou trois editions. Le fait que le FAF in Octogon ait reussi a grandir d’edition en edition, en passant d’un complexe sportif a un palais omnisports, dit quelque chose sur la solidite de sa gestion.

FAF in Octogon 3 : le retour aux sources et la montee en puissance

Le 29 novembre 2025, le FAF in Octogon revient a ses origines en posant de nouveau sa cage au complexe sportif Saint-Symphorien de Longeville-les-Metz. Ce retour au lieu de la premiere edition n’est pas un recul — c’est un choix strategique. La salle, plus intime, permet de recreer l’ambiance electrique et la proximite avec les combattants qui avaient fait le charme de la premiere soiree.

Pour cette troisieme edition, les organisateurs frappent fort sur l’affiche. Yassine Boughanem, le champion de Muay Thai aux multiples ceintures mondiales (WBC Muay Thai, WKN, WPMF en poids lourds et super-lourds), est annonce en tete d’affiche pour un combat en catchweight (179 lbs) face a David Karp. Boughanem, ne a Bruxelles en 1994, est une figure incontournable des sports de percussion. Sa reconversion vers le MMA, entamee lors des premieres editions du FAF, suscite un interet considerable. Il s’impose face a Karp par decision partagee au terme de trois rounds disputes — un combat qui montre que le passage du striking pur au MMA complet est un defi technique que meme les champions les plus decores doivent negocier avec humilite.

Au-dela du main event, la troisieme edition confirme la capacite de l’organisation a attirer des combattants de qualite et a proposer un spectacle dense et varie. Les fans lorrains sont au rendez-vous, prouvant que la base de spectateurs du FAF in Octogon est fidele et en expansion.

Le MMA dans le Grand Est : un ecosysteme en construction

Le succes du FAF in Octogon ne peut se comprendre isolement. Il s’inscrit dans un contexte plus large : celui de l’essor du MMA dans toute la region Grand Est. Depuis la legalisation de la discipline, les clubs affilies a la FMMAF se sont multiplies en Lorraine, en Alsace et en Champagne-Ardenne. A Metz et dans son agglomeration, plusieurs structures proposent desormais des cours de MMA — du Boxing Club Woippy au Tribu Palestra en passant par Unique Fitness et d’autres clubs associatifs.

La FMMAF elle-meme a mis en place des Equipes Techniques Regionales (ETR) pour structurer le developpement local de la discipline. Les MMA League — competitions regionales federales — passent regulierement par des villes du Grand Est, offrant aux combattants locaux des opportunites de competition sans avoir a traverser la France. Le calendrier 2024-2025 de la federation inclut des etapes a travers tout le territoire, avec des championnats de France qui regroupent les meilleurs athletes de chaque region.

Dans cet ecosysteme, les evenements professionnels comme le FAF in Octogon jouent un role de catalyseur. Ils offrent une vitrine aux combattants qui veulent passer du circuit amateur au circuit professionnel. Ils attirent l’attention des medias et des sponsors sur la region. Et surtout, ils creent une culture du spectacle MMA aupres du grand public — ces milliers de spectateurs qui decouvrent la discipline un vendredi soir et reviennent a l’edition suivante avec leurs amis.

Les combattants du FAF : parcours et discipline

L’une des forces du FAF in Octogon est de melanger sur ses cartes des profils tres differents. D’un cote, des figures etablies du kickboxing et du Muay Thai en reconversion MMA — comme Youssef et Yassine Boughanem, Karim Ghajji ou Amine Zitouni lui-meme, qui connaissent les rings depuis des annees. De l’autre, de jeunes combattants regionaux qui cherchent a se faire un nom, a accumuler de l’experience et a gravir les echelons du classement national.

Patrick Habirora incarne parfaitement cette nouvelle generation. Surnomme « The Belgian Bomber », ce combattant belge a construit un bilan impeccable de six victoires en six combats, dont la derniere au FAF in Octogon 2. Son style explosif et ses finitions rapides en font une tete d’affiche naturelle. Mais derriere le spectacle, il y a des annees d’entrainement quotidien, de sacrifices, de dietes strictes et de preparation mentale. Le MMA professionnel exige une polyvalence que peu de sports demandent : il faut maitriser le striking (pieds-poings), le clinch, les projections, le combat au sol et les soumissions. Se preparer pour un combat, c’est des semaines de camp d’entrainement, souvent loin de chez soi, avec des sparring partners de tous horizons.

Pour les combattants regionaux, figurer sur la carte du FAF in Octogon represente une opportunite majeure. C’est une chance de combattre devant un public nombreux, dans un cadre professionnel, avec une couverture mediatique. Chaque victoire peut attirer l’attention d’un matchmaker d’une organisation plus grande — Hexagone MMA, ARES, ou meme des promotions internationales. Chaque defaite est une lecon. Dans tous les cas, l’experience acquise dans la cage est irremplacable.

Ce que le FAF in Octogon dit du MMA regional en France

L’histoire du FAF in Octogon est, a bien des egards, representatrice de ce qui se passe dans tout le pays. Partout en France, des passionnes de combat se lancent dans l’aventure de la promotion MMA. A Nantes avec Hexagone MMA, a Lyon, a Lille, a Montpellier, a Aix-en-Provence — chaque ville construit son propre ecosysteme. Et a chaque fois, on retrouve les memes ingredients : des organisateurs issus du milieu martial, un tissu de clubs locaux qui alimentent la carte en combattants, et un public avide de spectacle et de proximite.

Ce qui distingue le FAF in Octogon, c’est peut-etre la coherence de sa trajectoire. Trois editions en moins de deux ans, une montee en puissance progressive (de 6 combats a plus de 10, d’un complexe sportif a un palais omnisports puis retour a l’intimite), des tetes d’affiche qui combinent notoriete et qualite technique, et une base de fans fidele. Les organisateurs n’ont pas cherche a bruler les etapes. Ils ont construit methodiquement, edition apres edition, en tirant les lecons de chaque soiree.

Le MMA regional en France reste un milieu fragile. Les marges financieres sont minces, la concurrence pour les dates de salle est rude, et la dependance aux combattants vedettes peut etre risquee (une blessure ou un retrait de derniere minute peut compromettre la billetterie). Mais les organisations qui survivent et grandissent — comme le FAF in Octogon — sont celles qui construisent une marque, une identite, et une communaute autour de leur evenement. Ce n’est pas seulement du sport : c’est du lien social, de la fierte locale, et un ecosysteme economique (hotels, restaurants, transports) qui beneficie a tout un territoire.

Regard vers l’avenir

A l’heure ou ces lignes sont ecrites, le FAF in Octogon a deja trois editions a son actif. L’organisation d’Amine Zitouni et Mhand Boukkedim a prouve qu’elle savait grandir sans perdre son ame. Les Arenes de Metz ont montre qu’elles pouvaient accueillir du MMA au plus haut niveau d’infrastructure. Les combattants qui sont passes par la cage du FAF — Habirora, Boughanem, Ghajji, et tant d’autres — ont contribue a ecrire les premieres pages d’une histoire qui ne fait que commencer.

Le prochain chapitre reste a ecrire. Mais si l’on en croit la dynamique actuelle, Metz et le Grand Est n’ont pas fini de faire parler d’eux dans le monde du MMA francais. Les clubs continuent de former des talents. Les spectateurs continuent de remplir les salles. Et quelque part a Woippy, dans un gymnase qui sent le cuir et la transpiration, deux anciens champions de Muay Thai planifient deja la suite. Le MMA regional, en France, avance a grands pas. Et Metz marche en tete.

Sources


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