Cinq controverses qui ont secoué le MMA : faits et conséquences
Le 6 mars 2021, à Las Vegas, le champion des poids coqs de l'UFC Petr Yan domine largement Aljamain Sterling depuis quatre rounds. Le titre semble hors de portée du challenger. Puis, en un instant, tout bascule. Un genou illegal frappe Sterling au visage alors qu'il est au sol. L'arbitre Mark Smith interrompt le combat. Disqualification. Changement de champion. En quelques secondes, un geste contraire aux règles à reecrit l'histoire d'une division entière. Cette scène, aussi brutale que soudaine, illustre une réalité du MMA : même au plus haut niveau, le sport n'est pas à l'abri de moments où les règles, les décisions ou le comportement des acteurs provoquent des ondes de choc bien au-delà de la cage. Voici cinq controverses majeures qui ont secoué le MMA — et ce que le sport en a tiré.
Ces cinq épisodes ne sont pas choisis pour alimenter le sensationnalisme. Ils sont sélectionnés parce qu'ils ont chacun provoque des changements concrets : modifications de règles, sanctions disciplinaires, débats sur le système de notation ou renforcement des protocoles de sécurité. Face à chaque crise, le MMA a dû se regarder dans le miroir — et trouver des réponses.
1. Pereira contre Adesanya : le rematch qui divise encore
La rivalité entre Alex Pereira et Israël Adesanya ne commence pas dans l'octogone de l'UFC. Elle débute sur les rings de kickboxing, ou Pereira bat Adesanya à deux reprises — en 2017 au Glory of Heroes, puis en 2017 encore au Glory 58 par KO au troisième round. Quand les deux hommes se retrouvent dans la cage de l'UFC, l'histoire semble se répéter.
Le 12 novembre 2022, à l'UFC 281 au Madison Square Garden de New York, Pereira met KO Adesanya au cinquième round pour lui ravir le titre des poids moyens. Le Nigerio-Néo-Zelandais, dominant aux points jusque-là, est stoppe dans les dernières minutes. Le choc est immense. Adesanya, considéré comme l'un des meilleurs strikers de l'histoire du MMA, vient de perdre sa ceinture face à un homme qui l'a déjà battu trois fois au total.
La revanche a lieu le 8 avril 2023 à l'UFC 287 a Miami. Cette fois, Adesanya prend sa revanche de manière spectaculaire avec un KO au deuxième round — un crochet gauche suivi d'un enchaînement dévastateur au sol. Le score global passe à 3-1 en faveur de Pereira sur l'ensemble de leurs confrontations.
C'est là que la controverse s'installe. Pereira, désormais champion des poids mi-lourds après sa victoire à l'UFC 295 en novembre 2023, propose une trilogie a Adesanya. Ce dernier refuse categoriquement. "Mon histoire avec lui est terminée", déclare-t-il publiquement. Les fans sont divisés : certains estiment qu'une trilogie est nécessaire pour departager définitivement les deux hommes, d'autres respectent le choix d'Adesanya de tourner la page. La question du rematch automatique après une perte de titre — et les limites de ce droit — reste un sujet de débat dans la communauté MMA.
Ce que le sport en a tiré : cette rivalité a relancé le débat sur la gestion des rematches par l'UFC. Faut-il imposer une revanche immédiate à chaque changement de ceinture ? Où laisser les combattants décider de la suite de leur carrière ? La question reste ouverte, mais elle a poussé l'UFC à mieux communiquer sur ses critères d'attribution des combats pour le titre.
2. Jon Jones : le talent face à ses propres demons
Jon Jones est considéré par beaucoup comme le plus grand combattant de MMA de tous les temps. Champion des poids mi-lourds de l'UFC à 23 ans seulement, il a dominé sa division pendant une décennie avec un style de combat révolutionnaire. Mais son parcours hors de la cage a été marqué par une série d'incidents qui ont durablement entache son héritage sportif.
L'épisode le plus gravé survient le 26 avril 2015 à Albuquerque, au Nouveau-Mexique. Jones, au volant d'un SUV de location, grille un feu rouge et percute le véhicule d'une femme enceinte, lui brisant le bras. Plutôt que de s'arrêter, il quitte les lieux à pied. Des témoins rapportent l'avoir vu revenir à son véhicule pour récupérer une liasse de billets avant de fuir à nouveau. Il se rend à la police vingt-quatre heures plus tard. L'UFC le depouille immédiatement de son titre de champion des poids mi-lourds et le suspend indefiniment.
Jones plaide coupable de delit de fuite et ecope de dix-huit mois de probation surveillee et de soixante-douze heures de travaux d'intérêt général. Mais les problèmes ne s'arrêtent pas là. En 2016, il est retiré de l'UFC 200 après un contrôle antidopage positif. L'USADA (United States Anti-Doping Agency) détecte du clomiphene et du letrozole dans ses échantillons. Il ecope d'une suspension d'un an, retroactive au 7 juillet 2016.
En 2017, nouveau test positif — cette fois au turinabol — après sa victoire par KO contre Daniel Cormier à l'UFC 214. Le résultat est annulé et transforme en no-contest. Jones est suspendu quinze mois supplémentaires par l'USADA. Sa carrière, jalonnée de suspensions, de problèmes juridiques et de retours triomphaux, reste un cas d'école sur la frontière entre le génie sportif et l'autodestruction.
Ce que le sport en a tiré : l'affaire Jones a accélère la mise en place du programme antidopage de l'USADA au sein de l'UFC, lance en 2015. Les contrôles sont devenus plus fréquents, les sanctions plus lourdes, et la transparence sur les violations a été renforcée. L'UFC a également clarifié ses politiques de suspension pour les infractions hors-cage, établissant des précédents qui s'appliquent désormais à l'ensemble du roster.
3. McGregor et le dolly : quand la promotion derape
Le 5 avril 2018, quelques jours avant l'UFC 223 au Barclays Center de Brooklyn, Conor McGregor commet un acte qui restera comme l'un des moments les plus choquants de l'histoire du MMA. Furieux après un incident impliquant son coéquipier Artem Lobov et le champion des poids légers Khabib Nurmagomedov, McGregor se rend au parking souterrain de l'arena avec une dizaine de personnes. Il s'empare d'un chariot métallique — un dolly — et le lance à travers la vitre du bus qui transporte les combattants de l'UFC.
Les conséquences sont immédiates et graves. Michael Chiesa, combattant poids léger, subit des lacérations au visage causées par les éclats de verre et doit se retirer de son combat prévu contre Anthony Pettis. Ray Borg, poids mouche, souffre d'abrasions corneennes multiples et est également contraint à l'abandon de son combat contre Brandon Moreno. Artem Lobov, le coéquipier de McGregor, est retiré de sa confrontation avec Alex Caceres pour sa participation à l'incident. Trois combats annulés, deux combattants blesses, des dizaines d'athlètes terrorises.
Dana White, le président de l'UFC, qualifie l'incident de "chose la plus degoutante qui soit jamais arrivée" dans l'histoire de l'organisation. McGregor se rend à la police de Brooklyn et fait face à trois chefs d'accusation pour agression et un pour dommages criminels. Le 26 juillet 2018, il plaide coupable de trouble à l'ordre public dans le cadre d'un accord judiciaire. Sa peine inclut le remboursement integral des dommages causés au bus, cinq jours de travaux d'intérêt général et un programme de gestion de la colère d'un à trois jours.
Michael Chiesa intente également une action civile contre McGregor, arguant que ses blessures l'ont privé de son combat et de ses revenus. L'incident soulève des questions fondamentales sur les limites de la promotion des combats. L'UFC avait longtemps encouragé les "trash talks" et les confrontations verbales pour vendre des pay-per-views. Avec le dolly, la frontière entre promotion et violence réelle a été franchie.
Ce que le sport en a tiré : l'incident a poussé l'UFC à renforcer la sécurité autour des événements et à mieux encadrer les confrontations entre combattants en dehors de la cage. Les media days et les pesees sont désormais mieux sécurisés, avec une présence policiere accrue et des protocoles plus stricts pour éviter les débordements.
4. Yan contre Sterling : la disqualification qui a changé les règles
Le 6 mars 2021, à l'UFC 259 a Las Vegas, le combat pour le titre des poids coqs entre le champion Petr Yan et le challenger Aljamain Sterling entre dans le quatrième round. Yan domine. Les tableaux de scores de deux des trois juges lui accordent l'avantage (29-28). Sterling, fatigue, tente un takedown et se retrouve au sol, un genou à terre — ce qui fait de lui un "combattant au sol" selon les règles unifiees du MMA.
L'arbitre Mark Smith signale clairement a Yan que Sterling est un combattant au sol. Malgré cet avertissement, Yan décroche un genou puissant directement au visage de Sterling. L'impact est violent. Sterling s'effondre, visiblement incapable de continuer. Après plusieurs minutes d'évaluation, l'arbitre prononce la disqualification de Yan. Aljamain Sterling devient le premier champion de l'histoire de l'UFC à remporter un titre par disqualification. L'arrêt intervient à 4 minutes et 29 secondes du quatrième round.
La controverse explose immédiatement. Yan, qui était en train de gagner le combat, perd son titre sur un seul geste illegal. Le Russe explique avoir fait une erreur d'appréciation en une fraction de seconde, estimant que les mains de Sterling étaient levées du sol. Les fans sont divisés : certains accusent Sterling d'avoir exagere l'impact pour obtenir la DQ, d'autres rappellent que les règles sont claires et que Yan a commis une faute grave malgré l'avertissement de l'arbitre.
Le revanche a lieu le 9 avril 2022 à l'UFC 273. Cette fois, Sterling remporte une décision partagée sur cinq rounds, confirmant définitivement sa légitimité comme champion. Yan ne retrouvera plus la ceinture.
Ce que le sport en a tiré : cet incident a relancé le débat sur la définition du "combattant au sol" dans les règles unifiees du MMA. Les commissions athlétiques ont renforcé la formation des arbitres sur la communication en temps réel avec les combattants. L'épisode a également mis en lumière le dilemme du "no contest versus DQ" : faut-il annuler le combat ou disqualifier le fautif quand une faute change l'issue d'un combat ?
5. GSP contre Hendricks : le verdict qui a ebranle la confiance dans le jugement
Le 16 novembre 2013, au MGM Grand Garden Arena de Las Vegas, l'UFC 167 propose l'un des combats les plus attendus de l'année : Georges St-Pierre, champion des poids mi-moyens et légende vivante du MMA, défend son titre face à Johny Hendricks, lutteur explosif au gauche dévastateur. Pendant vingt-cinq minutes, les deux hommes se livrent un combat acharné, équilibre, intense.
Les cartes des juges tombent : Sal D'Amato donne la victoire a St-Pierre 48-47, Glenn Trowbridge la donne à Hendricks 48-47, et Tony Weeks tranche en faveur de St-Pierre 48-47. Décision partagée, victoire du champion. La salle explose — mais pas de joie. Les huees retentissent. La majorité des analystes, des journalistes et des fans estiment que Hendricks a remporté le combat, notamment les rounds un et quatre.
Les chiffres de FightMetric (aujourd'hui UFC Stats) alimentent le débat. Hendricks a porté davantage de coups significatifs sur l'ensemble du combat. Le premier round, celui qui fait la différence entre les trois cartes des juges, est particulièrement contesté. Les sites MMAJunkie, MMAWeekly et MMAMania attribuent tous le premier round a Hendricks. L'intégralité de l'équipe de rédaction de Fox Sports également.
Dana White lui-même ne cache pas sa stupefaction : "Je suis sidere que Georges St-Pierre ait gagné ce combat. Je suis promoteur et je ne pense toujours pas qu'il a gagné." Matt Hughes, membre du Hall of Fame de l'UFC, va plus loin en qualifiant cette décision de "pire décision de l'histoire de ce sport". St-Pierre, blesse et marque au visage, annonce une "pause indefinie" du MMA lors de la conférence de presse d'après-combat — un départ qui durera quatre ans.
Ce que le sport en a tiré : le verdict GSP-Hendricks est devenu un cas d'école dans les discussions sur la réforme du système de notation en MMA. Ce combat a contribué à accélérer l'adoption du nouveau système de notation (le "new unified rules" de 2017), qui donne plus de poids aux frappes significatives et aux dommages causés, plutôt qu'au simple contrôle de la cage ou aux tentatives de takedown. Les commissions athlétiques ont également intensifié la formation des juges et élargi les critères d'évaluation des rounds.
Ce que ces controverses disent du MMA
Ces cinq épisodes, aussi différents soient-ils, partagent un point commun : chacun a forcé le MMA à évoluer. Un genou illegal a renforcé la formation des arbitres. Un dolly lance à travers une vitre a poussé l'UFC à sécuriser ses événements. Un verdict conteste a accélère la réforme du système de notation. Des problèmes hors-cage ont conduit à la mise en place d'un programme antidopage plus rigoureux. Un rematch refuse a ouvert le débat sur les droits des combattants face aux exigences commerciales.
Le MMA est un sport jeune. L'UFC, fondée en 1993, n'a que trois décennies d'existence. Les règles unifiees du MMA n'ont été adoptées qu'en 2001, et revisees en profondeur en 2017. Chaque controverse est une occasion d'apprentissage pour un sport qui continue de se professionnaliser et de se structurer. Les commissions athlétiques, les fédérations et les organisations travaillent ensemble pour que les erreurs du passe ne se reproduisent pas.
Ce qui distingue le MMA de beaucoup d'autres sports, c'est peut-être sa capacité à se remettre en question publiquement. Les débats sont vifs, les fans exigeants, les médias spécialisés vigilants. Cette pression constante pousse le sport vers le haut. Les controverses ne sont pas des taches sur l'histoire du MMA — elles sont les catalyseurs de son évolution. Et c'est précisément cette capacité d'adaptation qui fait du MMA l'un des sports les plus dynamiques et les plus fascinants de notre époque.
Sources
- Wikipedia — UFC 281 : Pereira vs Adesanya II
- Wikipedia — UFC 287 : Adesanya vs Pereira II
- Wikipedia — Jon Jones, biographie et controverses
- ESPN — Three fights pulled from UFC 223 after McGregor incident
- CBS Sports — UFC 259 : Sterling gagne le titre par DQ
- MMA Décisions — GSP vs Hendricks, cartes des juges
- Las Vegas Sun — Dana White outraged by UFC 167 décision