MMA 17 février 2025 Maxime Durand

Les nouveaux visages du MMA français : portraits des talents émergents

Les nouveaux visages du MMA français : portraits des talents émergents

Le 1er février 2025, à Abu Dhabi, Nassourdine Imavov entre dans l'octogone face à Israël Adesanya. L'ancien double champion des poids moyens de l'UFC, l'un des strikers les plus redoutes de l'histoire du MMA. Le Français de 28 ans, classe mais encore en quête de reconnaissance mondiale, n'a pas le droit à l'erreur. Au deuxième round, un enchaînement précis de frappes envoie Adesanya au tapis. TKO. L'arbitre arrête le combat. Imavov vient de battre une légende — et d'envoyer un signal clair au reste de la division : la France ne fait pas que participer, elle vient prendre les ceintures.

Ce soir-là, Imavov ne porte pas seul les couleurs du MMA français. Il fait partie d'une génération entière de combattants qui, depuis la legalisation du MMA en France en 2020, ont transformé le paysage des arts martiaux mixtes à l'échelle mondiale. En 2026, neuf combattants français figurent dans le roster de l'UFC. Six d'entre eux sont classés dans le top 15 de leur categorie. Quatre dans le top 5. Ce n'est plus une anomalie — c'est un mouvement. Voici les portraits croises de six talents qui incarnent cette nouvelle vague.

Nassourdine Imavov : le tireur d'élite des poids moyens

Du Daghestan à Paris

Nassourdine Imavov est ne le 14 janvier 1996 a Makhachkala, au Daghestan, avant de grandir en France. Ce parcours — des montagnes du Caucase aux salles d'entraînement de la région parisienne — a forgé un combattant biculturel, imprégné à la fois de la tradition du combat daghestanaise et de la rigueur technique des clubs français. Il débute le MMA professionnel en 2017, enchaîne les victoires sur la scène européenne, et signe avec l'UFC en 2020.

Ses premiers combats dans l'octogone révèlent un profil atypique. Avec son mètre 90 et son allonge considérable, Imavov n'est pas un fonceur. Il observe, mesure la distance, et frappe avec une précision chirurgicale quand l'ouverture se présente. Les spécialistes le surnomment "The Sniper" — le tireur d'élite. Ce n'est pas un hasard.

2025 : l'année de la confirmation

La victoire sur Adesanya en février 2025 à l'UFC Fight Night 250 est un tournant. Pas seulement parce que l'adversaire est une légende, mais parce qu'Imavov montre qu'il peut dominer un combattant d'élite dans tous les registres — debout et au sol. Cette performance lui vaut son premier bonus "Performance of the Night" et le propulse dans le haut du classement. En septembre 2025, il confirme face à Caio Borralho — numéro 3 mondial — en remportant une décision unanime au terme d'un combat maîtrisant parfaitement le rythme et la distance.

En août 2025, Imavov est classé numéro 2 mondial des poids moyens UFC. À 29 ans, il est aux portes d'un combat pour le titre. Son parcours professionnel affiche 17 victoires pour 4 défaites, avec une trajectoire en nette accélération depuis 2024. Ce qui frappe chez lui, c'est la maturité tactique : chaque combat ressemble à un cours de geometrie appliquée à la violence contrôlée.

Benoit Saint-Denis : du champ de bataille à l'octogone

Un parcours hors norme

Avant de devenir l'un des combattants les plus explosifs de l'UFC, Benoit Saint-Denis servait dans les forces spéciales françaises. Membre du 1er Regiment de Parachutistes d'Infanterie de Marine (1er RPIMa), il a été deploye au Mali dans le cadre d'opérations militaires. Pour ses services, il a reçu la Médaille de la Reconnaissance de la Nation et la Croix du Combattant en septembre 2017. Après cinq ans sous les drapeaux, il quitte l'armée en mars 2019 pour se consacrer entièrement au combat sportif.

Ce passage par les forces spéciales n'est pas une anecdote de vestiaire. Il explique en partie le mental d'acier et l'approche méthodique de Saint-Denis. Il commence le kick-boxing avec Stéphane Susperregui et le jiu-jitsu brésilien avec Christophe Savoca dans la région de Bayonne. Sa progression est fulgurante. En moins de deux ans, il accumule les victoires sur la scène régionale et nationale avant de signer avec l'UFC.

"God of War" entre dans la lumière

Son surnom — "God of War" — n'est pas usurpe. Le style de Saint-Denis est un mélange de puissance brute, de soumissions redoutables et d'une agressivité maîtrisée qui met chaque adversaire sous pression dès la première seconde. En mai 2025, il soumet Kyle Prepolec par etranglement en triangle de bras au deuxième round a l'UFC 315. En novembre 2025, il explose Beneil Dariush par KO en seize secondes au premier round a l'UFC 322 — une performance qui lui vaut un nouveau bonus "Performance of the Night".

Puis vient l'UFC 325, le 1er février 2026 : face à Dan Hooker, veterant respecte du circuit, Saint-Denis s'impose par TKO au deuxième round. A cette date, il est classé numéro 5 mondial des poids légers UFC, avec un bilan de 17 victoires pour 3 défaites. Chacun de ses combats récents est un événement. Le public français ne s'y trompe pas : Saint-Denis est devenu une figure incontournable du sport dans l'Hexagone.

Fares Ziam : la patience du stratège

Du kickboxing au MMA

Ne le 21 mars 1997, Fares Ziam est arrivé au MMA par le kickboxing. Champion de France de la discipline, champion d'Europe K-1 Sanda, il possède une base de pieds et de poings que peu de combattants de sa génération peuvent revendiquer. Ceinture violette de jiu-jitsu brésilien, il a methodiquement comble ses lacunes au sol pour devenir un combattant complet.

Ce qui distingue Ziam dans la catégorie des poids légers — l'une des plus compétitives de l'UFC — c'est sa capacité à combiner vitesse, timing et intelligence tactique. Surnomme "Smile Killer", il ne cherche pas le KO spectaculaire a tout prix. Il deconstruit ses adversaires, les prive de repères, et les finit quand l'opportunité se présente.

Une ascension régulière

En septembre 2024, Ziam signe l'un des KO de l'année à l'UFC Fight Night 243 en envoyant Matt Frevola au tapis avec un genou fulgurant au troisième round — sa première prime "Performance of the Night". En février 2025, il domine Mike Davis par décision unanime à l'UFC Fight Night 250. Puis, en décembre 2025, il conclut l'année en beauté à l'UFC 323 en stoppant Nazim Sadykhov par TKO au deuxième round (coups de poing et coudes).

Avec un bilan de 18 victoires pour 4 défaites et une place au 15e rang mondial des poids légers UFC en décembre 2025, Ziam est dans une dynamique ascendante. Sa trajectoire illustre une qualité essentielle dans le MMA de haut niveau : la patience. Chaque combat l'amène un cran plus haut, sans précipitation, sans raccourci. À 28 ans, il n'a pas encore atteint son plafond.

Morgan Charriere : le pirate qui ne lache rien

L'enfant du MMA français

Morgan Charriere incarne une autre facette du MMA français : celle du combattant forge dans les organisations européennes avant de franchir l'Atlantique. Surnomme "The Last Pirate", il a fait ses armes au Cage Warriors, la prestigieuse organisation britannique qui a vu passer des noms comme Conor McGregor. Le 12 décembre 2020, Charriere remporte la ceinture des poids plumes du Cage Warriors en battant Perry Goodwin — un titre qui lui ouvre les portes de l'UFC.

Depuis ses débuts dans l'octogone en 2023, Charriere a montré pourquoi il est considéré comme l'un des combattants les plus excitants de la division des poids plumes. Son style est un mélange d'agressivité et de créativité : il aime aller de l'avant, prendre des risques, et offrir du spectacle. En cinq combats UFC, il a récolté quatre bonus de performance — un ratio exceptionnel qui témoigne de sa capacité à produire des moments marquants.

Les hauts et les bas

L'année 2025 a été un résume parfait de la carrière de Charriere : des sommets et des creux, le tout vécu avec une intensité rare. En mars, il perd face à Nathaniel Wood par décision unanime. En juillet, il rebondit magnifiquement à l'UFC Nashville en stoppant Nate Landwehr au troisième round — un combat qui lui vaut 50 000 dollars de bonus et un joli pactole. Puis, en décembre, il est stoppe par KO au premier round par Melquizael Costa.

Avec un bilan global de 21 victoires pour 12 défaites, Charriere n'a pas le palmarès le plus flatteur sur le papier. Mais les chiffres ne disent pas tout. Ce que les statistiques ne montrent pas, c'est le courage de se relever après chaque revers, la volonté de toujours aller au combat plutôt que de gérer, et l'impact émotionnel de ses performances sur le public. Charriere ne laisse personne indifférent — et dans un sport ou l'attention est la monnaie la plus précieuse, c'est une qualité qui vaut toutes les ceintures.

William Gomis : le jaguar en embuscade

Un talent discret mais redoutable

Dans une génération française riche en personnalités flamboyantes, William Gomis fait figure d'exception. Surnomme "Jaguar", ce combattant de la division des poids plumes avance en silence — mais frappe avec une précision devastatrice. Avec un bilan de 15 victoires pour 3 défaites, dont sept par KO, il possède un ratio de finitions qui force le respect.

Ce qui caractérise Gomis, c'est la régularité. En mars 2025, il connaît un revers face à Hyder Amil par décision — un rappel que la route vers le sommet est rarement linéaire. Mais en septembre 2025, il répond sur le terrain en dominant Robert Ruchala par décision unanime à l'UFC Fight Night. Le message est clair : Gomis absorbe les leçons, ajuste, et revient plus fort.

À l'UFC, la division des poids plumes est l'une des plus profondes. Gomis y évolue avec la patience d'un chasseur : il attend son moment, accumulé de l'expérience, et construit son classement combat après combat. Son approche rappelle que dans le MMA de haut niveau, la constance est parfois plus précieuse que l'éclat.

Taylor Lapilus : le marathonien qui change de route

Du retour à l'UFC au PFL

Taylor Lapilus est peut-être le combattant français dont le parcours illustre le mieux les réalités du MMA professionnel. Surnomme "Double Impact", il a connu l'UFC une première fois dans les années 2010, avant d'être libère de son contrat. Plutôt que d'abandonner, il a reconstruit sa carrière sur la scène européenne, enchaîne les victoires, et signe avec le PFL (Professional Fighters League) — l'une des principales organisations mondiales.

En 2025, Lapilus prouve que la réinvention est possible à tout âge. En juillet, il s'impose par décision unanime au PFL Europe 2. En décembre, il enchaîne avec une nouvelle victoire sur décision face à Liam Gittins au PFL Champions Séries 4. En février 2026, il affronte Kasum Kasumov. Son bilan — 22 victoires pour 4 défaites, dont aucune par KO ni soumission (toutes ses défaites sont sur décision) — révèle un combattant d'une solidité remarquable : il ne craque jamais, ne se fait jamais finir, et oblige chaque adversaire à se battre pendant 15 minutes.

Classe numéro 4 des poids coqs du PFL en février 2026, Lapilus montre qu'il y a plus d'un chemin vers l'excellence dans le MMA. L'UFC n'est pas la seule destination. Le PFL, avec son format de saison et ses prix en cash, offre une alternative crédible — et Lapilus en est devenu l'un des représentants français les plus réguliers.

Aboubakar Younousov : la révélation Ares

Invaincu et spectaculaire

Si les cinq premiers combattants de cet article évoluent dans les grandes organisations internationales, Aboubakar Younousov rappelle que le vivier français ne se limite pas à l'UFC ou au PFL. À 24 ans, ce combattant surnomme "Dikiy" (sauvage en russe) est la tête d'affiche de l'Ares FC, la principale organisation française de MMA.

Son palmarès parle pour lui : huit victoires, zero défaite. Trois par KO/TKO, deux par soumission, trois par décision. Un équilibre qui témoigne d'une polyvalence rare pour un combattant aussi jeune. Le 14 février 2025, lors de l'Ares 29 à l'Adidas Arena de Paris, il stoppe Maycon Alcino par KO au deuxième round grâce à un coup de coude retourne — une technique aussi spectaculaire que difficile à exécuter, qui est devenue sa signature.

En octobre 2025, à l'Ares 35, il confirme en pulverisant Gustavo Lopez — un ancien de l'UFC — par TKO au premier round en une minute et vingt-cinq secondes. Un crochet du droit suivi d'un crochet du gauche : le genre de séquence qui fait se lever une salle entière.

La prochaine étape

Champion des poids coqs de l'Ares FC, Younousov est désormais à la croisée des chemins. Fin 2025, des rapports indiquent qu'il a reçu une proposition pour combattre dans une grande organisation américaine. Si ce transfert se concrétise en 2026, il pourrait rejoindre la vague française qui submerge progressivement le MMA mondial.

Son cas illustre un phénomène essentiel : la structuration du MMA français en pipeline. Les organisations nationales comme l'Ares FC servent de tremplin, forment les talents, les exposent à des adversaires internationaux, et les préparent pour les ligues majeures. Younousov est le produit de cet écosystème — et il n'est sûrement pas le dernier.

Ce que cette génération raconte du MMA français

Six combattants, six trajectoires, six manières d'aborder le même sport. Imavov le stratège, Saint-Denis le guerrier, Ziam le patient, Charriere le spectaculaire, Gomis le discret, Lapilus le résilient, Younousov le prodige local. Ensemble, ils dessinent une carte du MMA français qui n'existait pas il y a cinq ans.

En 2020, la France legalisait enfin le MMA après des années de débats. Moins de six ans plus tard, le pays compte quatre combattants dans le top 5 mondial de leur categorie UFC. Ce n'est pas un accident. C'est le résultat d'un écosystème qui se structure : des clubs qui forment, des organisations nationales qui révèlent, une federation (la FMMAF) qui encadre, et des combattants qui acceptent de partir à l'étranger pour se mesurer aux meilleurs.

Ce qui unit ces six portraits, au-delà des palmarès et des statistiques, c'est une qualité commune : la détermination. Pas celle des slogans marketing ou des posts Instagram. Celle qui se manifeste dans les mois d'entraînement sans camera, dans les voyages en classe économique pour aller combattre à l'autre bout du monde, dans les retours à la salle après une défaite quand personne ne regarde. Le MMA est un sport qui ne pardonne rien. Les combattants qui durent sont ceux qui acceptent cette réalité — et qui continuent à monter dans la cage malgré tout.

La génération précédente — Ciryl Gane, Manon Fiorot — a ouvert la voie. Celle-ci est en train de l'élargir. Les prochaines années diront lesquels de ces talents émergents iront chercher une ceinture mondiale. Mais quelle que soit l'issue, une chose est déjà acquise : le MMA français n'est plus une curiosité exotique sur la scène internationale. C'est une force avec laquelle il faut compter.

Sources


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