MMA 11 février 2025 Maxime Durand

MMA a Metz : coulisses du FAF in Octogon, événement MMA du Grand Est

MMA a Metz : coulisses du FAF in Octogon, événement MMA du Grand Est

Il est 18 heures ce vendredi 7 février 2025, et les portes des Arenes de Metz viennent de s'ouvrir. Dans le grand hall du palais omnisports, les premiers spectateurs franchissent les tourniquets d'un pas presse, impatients de gagner les gradins. Au centre de la salle, baignee dans une lumière bleutee, la cage octogonale attend ses gladiateurs. L'odeur du tapis neuf se mêle à celle des sandwichs du stand de restauration. Sous les tribunes, dans les vestiaires au carrelage blanc, des combattants s'echauffent en silence, concentrés, les écouteurs visses sur les oreilles. Leurs coaches leur murmurent les dernières consignes. Dehors, une file s'étire jusqu'au parking. Ce soir, Fight and Furious in Octogon — FAF in Octogon pour les initiés — présente sa deuxième édition, avec plus de dix combats de MMA professionnel. Parmi les 4 500 spectateurs attendus, beaucoup viennent découvrir pour la première fois un gala de MMA en direct. D'autres sont la parce qu'ils savent : quelque chose est en train de naître a Metz, et ils veulent en être témoins.

Depuis la legalisation du MMA en France en janvier 2020, des dizaines d'organisations régionales ont vu le jour aux quatre coins de l'Hexagone. Mais rares sont celles qui ont grandi aussi vite que le FAF in Octogon. En à peiné deux ans et trois éditions, cet événement messin s'est imposé comme l'un des rendez-vous incontournables du Grand Est pour les amateurs de sports de combat. Derrière cette ascension, il y a deux hommes, un club, une communauté — et une vision très claire de ce que le MMA régional peut devenir quand il est porté par des passionnés. Ce reportage plonge dans les coulisses d'une aventure humaine et sportive qui dépasse largement les frontières de la Moselle.

La genèse : deux champions de Muay Thaï deviennent promoteurs

Pour comprendre le FAF in Octogon, il faut d'abord comprendre ses fondateurs. Amine Zitouni et Mhand Boukkedim ne sont pas des investisseurs arrives de l'extérieur. Ce sont des hommes du combat, formés sur les rings, trempes par des années de compétition. Amine Zitouni est doublé champion de France de Muay Thaï (2009 et 2013, Élite Classe A) et champion d'Europe. Mhand Boukkedim, son associe de longue date, partage la même passion et la même rigueur. Ensemble, ils dirigent le Boxing Club Woippy, un club qu'Amine a fondé en 2019 dans l'agglomération messine et qui propose des programmes en MMA, Muay Thaï, kickboxing et K1.

L'idée de créer un événement MMA n'est pas venue d'un coup de tête. Pendant des années, les deux hommes ont organisé des galas de Muay Thaï et de kickboxing a Woippy et dans les environs. Ils connaissaient la logistique, les exigences réglementaires, les attentes du public. Mais le paysage avait changé : depuis la legalisation du MMA en France sous l'égide de la FMMAF (Fédération française de MMA), une nouvelle discipline attirait des milliers de pratiquants et de spectateurs. Le Grand Est, malgré son vivier de clubs et de combattants, manquait d'un événement de référence. Amine et Mhand ont décidé de combler ce vide.

Le nom choisi — Fight and Furious in Octogon — annonce la couleur. Pas de pretention à rivaliser avec l'UFC ou le Bellator. Juste la promesse d'un spectacle intense, authentique, ancre dans un territoire. Le sigle FAF in Octogon s'est rapidement imposé dans le vocabulaire des fans lorrains. Et la première édition, programmée pour janvier 2024, allait servir de banc d'essai grandeur nature.

FAF in Octogon 1 : le bapteme du feu à Saint-Symphorien

Le 27 janvier 2024, le complexe sportif Saint-Symphorien de Longeville-les-Metz accueille la toute première édition du FAF in Octogon. Six combats sont programmes. Pour un premier événement, le pari est déjà audacieux : les organisateurs n'ont choisi que des affiches compétitives, refusant les combats de remplissage. La FMMAF a validé le cadre réglementaire. Les arbitres sont certifiés. Le staff médical est en place. Tout est fait dans les règles.

Et les résultats sont à la hauteur de l'ambition. Youssef Boughanem, légende vivante du Muay Thaï qui effectue sa transition vers le MMA, s'impose face à l'Ukrainien Dima Glevka par TKO au deuxième round. Karim Ghajji, autre figure respectée des rings de kickboxing, obtient une soumission au premier round contre Raphaël Ngoma. Rayan Mekki et Babaci Lyes livrent également des performances remarquees. Le combat d'ouverture voit S. Mezoughi soumettre son adversaire en à peiné 22 secondes — un éclair qui met le public debout.

Au-delà des résultats, c'est l'atmosphère qui frappe. Le complexe Saint-Symphorien, habituellement dédie au football et aux sports collectifs, s'est transformé pour l'occasion. Les gradins sont pleins, l'ambiance est électrique, les cris montent à chaque round. Les retours sont unanimes : le public messin était prêt pour le MMA, et le FAF in Octogon a su répondre à cette attente. La question n'est plus de savoir s'il y aura une deuxième édition, mais où et quand.

Les Arenes de Metz : quand le MMA investit un palais omnisports

Pour la deuxième édition, les organisateurs voient plus grand. Beaucoup plus grand. Le 7 février 2025, le FAF in Octogon 2 pose sa cage aux Arenes de Metz, le palais omnisports de la ville. Avec une capacité de 4 700 places, une hauteur sous plafond de 18 mètres et une superficie de 4 680 mètres carrés au sol, les Arenes offrent un cadre professionnel digne des plus grands galas. Les gradins retractables permettent d'adapter la jauge, et les installations modernes — éclairage, sonorisation, écrans géants — transforment chaque round en spectacle immersif.

Ce choix de salle n'est pas anodin. Les Arenes de Metz sont un lieu emblématique de la ville, habituellement réserve au handball (le Metz Handball, équipe de première division féminine), au tennis (le Moselle Open) ou à de grands concerts. Y organiser un gala de MMA, c'est envoyer un message clair : le MMA a sa place parmi les disciplines majeures, et Metz est prête à l'accueillir au plus haut niveau d'infrastructure.

Le soir de l'événement, la salle est quasiment pleine. L'ambiance est différente de Saint-Symphorien : plus ample, plus spectaculaire, avec des jeux de lumières et un son qui porte jusqu'aux derniers rangs. Les spectateurs les plus éloignés suivent les combats sur les écrans géants. Les plus proches sentent l'impact des frappes, entendent le souffle des combattants, voient la sueur voler sous les projecteurs. C'est cette proximité, cette vérité brute du combat, qui fait la force des événements de MMA en salle.

FAF in Octogon 2 : la confirmation à grande échelle

La carte de combats de cette deuxième édition témoigne de l'ambition montante. Plus de dix combats sont programmes, contre six pour la première édition. Le plateau est international : des combattants de France, de Belgique, du Brésil, du Portugal et d'Ukraine se croisent dans la cage messine.

En tête d'affiche, Patrick Habirora — surnomme "The Belgian Bomber" — vient défendre son bilan invaincu. Le combattant belge, déjà fort de cinq victoires, affronte l'Ukrainien Dima Glevka (que les fans du FAF avaient déjà vu lors de la première édition). Le combat ne dure pas longtemps. Habirora finit son adversaire par TKO au premier round, portant son bilan a six victoires. Après le combat, il confiera aux caméras : "Je ne pensais pas à un finish aussi rapide." La foule, elle, est aux anges.

Le reste de la carte confirme le niveau. Yassine Boughanem, le champion de Muay Thaï belgo-marocain multi-titre (WBC Muay Thaï, WKN, WPMF), poursuit sa transition vers le MMA en s'imposant face à Fabrice Toure. Ahmet Rasim Pala crée la surprise en battant Karim Ghajji. Le Brésilien Assis Silva domine Yannick Frachon. Alpha Ly s'impose face à Ugo Fuglistaller. De l'ouverture au main event, chaque combat apporte son lot d'émotions, de rebondissements et de moments de bravoure.

Pour les organisateurs, c'est la confirmation. Le FAF in Octogon n'est plus un pari — c'est un rendez-vous. La billetterie a été prisé d'assaut, la couverture médiatique s'est élargie (presse locale, médias sports de combat, réseaux sociaux), et les demandes de combattants pour figurer sur la prochaine carte affluent. Amine Zitouni et Mhand Boukkedim savent déjà qu'il y aura une troisième édition. La question est : comment faire encore mieux ?

Les coulisses : ce que le public ne voit pas

Organiser un gala de MMA régional en France, c'est un travail de longue haleine que le spectateur du vendredi soir ne soupconnne pas toujours. Derrière chaque édition du FAF in Octogon, il y a des mois de préparation. La première étape est la négociation avec la salle : disponibilité, coûts de location, assurances, normes de sécurité. Les Arenes de Metz, gérées par la collectivité, imposent un cahier des charges strict. Il faut un plan de sécurité valide par la prefecture, un dispositif médical sur place (médecin, ambulance, protocole d'évacuation), et une coordination avec les services de police pour la gestion des flux de spectateurs.

Ensuite vient la construction de la carte de combats. Les matchmakers — en l'occurrence Amine Zitouni lui-même, aidé par son réseau — doivent trouver des oppositions équilibrées, attractives pour le public et validees par la FMMAF. Chaque combattant doit fournir un certificat médical à jour, être licencie auprès de la fédération, et respecter les règles de pesée. Les négociations avec les managers et les coaches prennent des semaines. Il faut parfois recomposer une affiche à la dernière minute quand un combattant se blesse à l'entraînement ou ne fait pas le poids.

La logistique le jour J est un ballet minutieusement orchestré. Montage de la cage (une structure de plusieurs centaines de kilos), installation de l'éclairage et de la sonorisation, mise en place des caméras, briefing des arbitres et des juges, pesée officielle des combattants, tests sonores, répétition des entrées des combattants. Le staff du FAF in Octogon mobilise des dizaines de bénévoles, encadrés par les équipes du Boxing Club Woippy. Chacun a un rôle : accueil du public, sécurité abords de la cage, gestion des vestiaires, coordination des médias.

Et puis il y a la dimension financière. Un événement de MMA régional en France ne génère pas les mêmes revenus qu'un show UFC. La billetterie, le sponsoring local et le merchandising constituent les principales sources de financement. Les organisateurs doivent jongler entre les coûts incompressibles (location de salle, cachets des combattants, équipements, assurances, sécurité) et la nécessité de proposer des tarifs accessibles au public. C'est un équilibre fragile, et beaucoup d'organisations régionales ne survivent pas au-delà de deux ou trois éditions. Le fait que le FAF in Octogon ait réussi à grandir d'édition en édition, en passant d'un complexe sportif a un palais omnisports, dit quelque chose sur la solidité de sa gestion.

FAF in Octogon 3 : le retour aux sources et la montée en puissance

Le 29 novembre 2025, le FAF in Octogon revient a ses origines en posant de nouveau sa cage au complexe sportif Saint-Symphorien de Longeville-les-Metz. Ce retour au lieu de la première édition n'est pas un recul — c'est un choix stratégique. La salle, plus intime, permet de recréer l'ambiance électrique et la proximité avec les combattants qui avaient fait le charme de la première soirée.

Pour cette troisième édition, les organisateurs frappent fort sur l'affiche. Yassine Boughanem, le champion de Muay Thaï aux multiples ceintures mondiales (WBC Muay Thaï, WKN, WPMF en poids lourds et super-lourds), est annoncé en tête d'affiche pour un combat en catchweight (179 lbs) face à David Karp. Boughanem, ne à Bruxelles en 1994, est une figure incontournable des sports de percussion. Sa reconversion vers le MMA, entamee lors des premières éditions du FAF, suscite un intérêt considérable. Il s'impose face à Karp par décision partagée au terme de trois rounds disputes — un combat qui montre que le passage du striking pur au MMA complet est un défi technique que même les champions les plus décorés doivent négocier avec humilité.

Au-delà du main event, la troisième édition confirme la capacité de l'organisation à attirer des combattants de qualité et à proposer un spectacle dense et varié. Les fans lorrains sont au rendez-vous, prouvant que la base de spectateurs du FAF in Octogon est fidèle et en expansion.

Le MMA dans le Grand Est : un écosystème en construction

Le succès du FAF in Octogon ne peut se comprendre isolement. Il s'inscrit dans un contexte plus large : celui de l'essor du MMA dans toute la région Grand Est. Depuis la legalisation de la discipline, les clubs affiliés à la FMMAF se sont multipliés en Lorraine, en Alsace et en Champagne-Ardenne. A Metz et dans son agglomération, plusieurs structures proposent désormais des cours de MMA — du Boxing Club Woippy au Tribu Palestra en passant par Unique Fitness et d'autres clubs associatifs.

La FMMAF elle-même a mis en place des Équipes Techniques Régionales (ETR) pour structurer le développement local de la discipline. Les MMA League — compétitions régionales federales — passent régulièrement par des villes du Grand Est, offrant aux combattants locaux des opportunités de compétition sans avoir à traverser la France. Le calendrier 2024-2025 de la fédération inclut des étapes à travers tout le territoire, avec des championnats de France qui regroupent les meilleurs athlètes de chaque région.

Dans cet écosystème, les événements professionnels comme le FAF in Octogon jouent un rôle de catalyseur. Ils offrent une vitrine aux combattants qui veulent passer du circuit amateur au circuit professionnel. Ils attirent l'attention des médias et des sponsors sur la région. Et surtout, ils créent une culture du spectacle MMA auprès du grand public — ces milliers de spectateurs qui découvrent la discipline un vendredi soir et reviennent à l'édition suivante avec leurs amis.

Les combattants du FAF : parcours et discipline

L'une des forces du FAF in Octogon est de mélanger sur ses cartes des profils très différents. D'un côté, des figures établies du kickboxing et du Muay Thaï en reconversion MMA — comme Youssef et Yassine Boughanem, Karim Ghajji ou Amine Zitouni lui-même, qui connaissent les rings depuis des années. De l'autre, de jeunes combattants régionaux qui cherchent à se faire un nom, à accumuler de l'expérience et à gravir les échelons du classement national.

Patrick Habirora incarne parfaitement cette nouvelle génération. Surnomme "The Belgian Bomber", ce combattant belge a construit un bilan impeccable de six victoires en six combats, dont la dernière au FAF in Octogon 2. Son style explosif et ses finitions rapides en font une tête d'affiche naturelle. Mais derrière le spectacle, il y a des années d'entraînement quotidien, de sacrifices, de dietes strictes et de préparation mentale. Le MMA professionnel exige une polyvalence que peu de sports demandent : il faut maîtriser le striking (pieds-poings), le clinch, les projections, le combat au sol et les soumissions. Se préparer pour un combat, c'est des semaines de camp d'entraînement, souvent loin de chez soi, avec des sparring partners de tous horizons.

Pour les combattants régionaux, figurer sur la carte du FAF in Octogon représente une opportunité majeure. C'est une chance de combattre devant un public nombreux, dans un cadre professionnel, avec une couverture médiatique. Chaque victoire peut attirer l'attention d'un matchmaker d'une organisation plus grande — Hexagone MMA, ARES, ou même des promotions internationales. Chaque défaite est une leçon. Dans tous les cas, l'expérience acquise dans la cage est irremplacable.

Ce que le FAF in Octogon dit du MMA régional en France

L'histoire du FAF in Octogon est, à bien des égards, representatrice de ce qui se passe dans tout le pays. Partout en France, des passionnés de combat se lancent dans l'aventure de la promotion MMA. À Nantes avec Hexagone MMA, à Lyon, a Lille, à Montpellier, a Aix-en-Provence — chaque ville construit son propre écosystème. Et à chaque fois, on retrouve les mêmes ingrédients : des organisateurs issus du milieu martial, un tissu de clubs locaux qui alimentent la carte en combattants, et un public avide de spectacle et de proximité.

Ce qui distingue le FAF in Octogon, c'est peut-être la cohérence de sa trajectoire. Trois éditions en moins de deux ans, une montée en puissance progressive (de 6 combats a plus de 10, d'un complexe sportif a un palais omnisports puis retour à l'intimité), des têtes d'affiche qui combinent notoriété et qualité technique, et une base de fans fidèle. Les organisateurs n'ont pas cherché à brûler les étapes. Ils ont construit methodiquement, édition après édition, en tirant les leçons de chaque soirée.

Le MMA régional en France reste un milieu fragile. Les marges financières sont minces, la concurrence pour les dates de salle est rude, et la dépendance aux combattants vedettes peut être risquee (une blessure ou un retrait de dernière minute peut compromettre la billetterie). Mais les organisations qui survivent et grandissent — comme le FAF in Octogon — sont celles qui construisent une marque, une identité, et une communauté autour de leur événement. Ce n'est pas seulement du sport : c'est du lien social, de la fierté locale, et un écosystème économique (hôtels, restaurants, transports) qui bénéficie à tout un territoire.

Regard vers l'avenir

À l'heure où ces lignes sont écrites, le FAF in Octogon a déjà trois éditions à son actif. L'organisation d'Amine Zitouni et Mhand Boukkedim a prouvé qu'elle savait grandir sans perdre son âme. Les Arenes de Metz ont montré qu'elles pouvaient accueillir du MMA au plus haut niveau d'infrastructure. Les combattants qui sont passes par la cage du FAF — Habirora, Boughanem, Ghajji, et tant d'autres — ont contribué à écrire les premières pages d'une histoire qui ne fait que commencer.

Le prochain chapitre reste à écrire. Mais si l'on en croit la dynamique actuelle, Metz et le Grand Est n'ont pas fini de faire parler d'eux dans le monde du MMA français. Les clubs continuent de former des talents. Les spectateurs continuent de remplir les salles. Et quelque part à Woippy, dans un gymnase qui sent le cuir et la transpiration, deux anciens champions de Muay Thaï planifient déjà la suite. Le MMA régional, en France, avance à grands pas. Et Metz marche en tête.

Sources


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