MMA 3 mars 2025 Maxime Durand

Au-delà du MMA : les nouvelles disciplines de combat qui émergent

Au-delà du MMA : les nouvelles disciplines de combat qui émergent

En août 2024, au Thomas & Mack Center de Las Vegas, un tournoi de grappling a offert un million de dollars à chacun de ses deux vainqueurs. La même année, le Bare Knuckle Fighting Championship enregistrait une hausse de 100 % de sa fréquentation, tandis que Power Slap, la ligue de gifles de Dana White, revendiquait un milliard de vues mensuelles sur YouTube. À côté du MMA traditionnel, un écosystème de disciplines de combat alternatives se structure, attire des audiences massives et suscite autant d'enthousiasme que de questions. Tour d'horizon de ces nouveaux formats qui redessinent les contours du sport de combat.

Ces disciplines ne sont pas apparues par hasard. Elles s'inscrivent dans un mouvement plus large de diversification du combat professionnel, porté par des promoteurs ambitieux, des athlètes en quête de nouvelles arenes et un public avide de formats inédits. Décryptage d'un phénomène qui s'accélère en 2025 et 2026.

Le constat : une multiplication des formats de combat

Le paysage du combat professionnel a longtemps été dominé par quelques disciplines bien établies : boxe anglaise, kickboxing, MMA. Depuis le début des années 2020, une série de nouvelles promotions et de nouveaux formats sont venus élargir ce panorama. Power Slap, le bare-knuckle boxing, Karate Combat, le grappling professionnel et le slap fighting se sont chacun taille une place dans l'écosystème, avec des règles propres, des audiences croissantes et des modèles économiques distincts.

Ce mouvement n'est pas uniquement américain. Le bare-knuckle s'est étendu à l'Europe et au Moyen-Orient. Karate Combat attire des athlètes de plus de 40 pays. Les tournois de grappling professionnel organisent des qualifications sur tous les continents. En 2026, la question n'est plus de savoir si ces disciplines existent, mais quelle place elles occuperont durablement dans le monde du combat.

Power Slap : le pari controverse de Dana White

Power Slap est une ligue de slap fighting (combat de gifles) fondée par Dana White, le président de l'UFC. Approuvee par la Nevada Athletic Commission en octobre 2022, la discipline met face à face deux compétiteurs qui se giflent à tour de rôle, avec un système de points base sur la puissance, la technique et l'effet de chaque frappe. Chaque combattant donne et reçoit entre trois et cinq gifles par match.

Le format a trouvé son public principalement sur YouTube. En 2025, Dana White a déclaré que Power Slap generait "un milliard de vues par mois" sur la plateforme, un chiffre qui aurait doublé par rapport à l'année précédente. White a volontairement refuse les offres de diffusion télévisée, estimant que YouTube offrait une portée supérieure et un accès direct à un public plus jeune. Pour 2026, douze événements Power Slap sont programmes, et un accord avec l'Arabie saoudite prévoit des événements à 15 millions de dollars chacun.

Mais Power Slap reste une discipline controversée. Le neuroscientifique Christopher Nowinski a observé chez des participants des signes de blessures cérébrales significatives. La Brain Injury Association of America a demandé à la Nevada Athletic Commission de mettre fin au slap fighting, citant les risques de traumatismes craniens liés aux forces rotationnelles subies par le cerveau. L'ancien président de la NSAC, Stephen Cloobeck, a publiquement regrette d'avoir approuve la discipline, déclarant à l'Associated Press : "J'ai commis une erreur." Plusieurs États américains, dont l'Alabama, ont pris des mesures pour interdire la pratique.

BKFC : le retour du bare-knuckle boxing

Le Bare Knuckle Fighting Championship (BKFC) propose un format de boxe a mains nues, heritier d'une tradition qui remonte aux origines du pugilat au XVIIIe siècle. Fonde en 2018, le BKFC est devenu la plus grande organisation de bare-knuckle au monde, avec des événements réguliers aux États-Unis, en Europe et au Moyen-Orient. La promotion appartient à Triller depuis son rachat.

Les chiffres de croissance du BKFC sont éloquents. En 2024, la promotion a enregistré une hausse de 100 % de sa fréquentation globale et une portée sur les réseaux sociaux dépassant 250 millions de personnes. Le KnuckleMania V a attiré 17 762 spectateurs, un record pour l'organisation. L'année 2025 a demarre avec cinq événements consecutifs à guichets fermes. Pour 2026, le BKFC a annoncé l'expansion vers plus de 60 pays et le lancement d'un nouveau format appele "Fight Club" : des événements à petite échelle dans des lieux de type entrepôt, avec des combattants apparies par poids et niveau d'expérience.

Le bare-knuckle boxing, malgré son apparence brute, est encadré par des commissions athlétiques dans les États où il est autorisé. En Pennsylvanie, la State Athletic Commission supervise les événements et applique des protocoles médicaux stricts. Le débat reste ouvert sur le plan de la sécurité : certains médecins estiment que l'absence de gants réduit paradoxalement la puissance des frappes à la tête (les boxeurs frappent moins fort pour protéger leurs mains), tandis que d'autres soulignent le risque accru de coupures et de fractures.

Karate Combat : la réinvention du karate professionnel

Karate Combat est une organisation fondée en 2018 qui propose un format unique : des combats de karate full-contact dans un "Pit", une arène octogonale en contrebas enrichie par des environnements visuels en CGI produits avec l'Unreal Engine d'Epic Games. Le résultat est un spectacle qui fusionne sport de combat et production cinématographique.

Les règles de Karate Combat se distinguent nettement du MMA. Chaque combat se déroule en trois rounds de trois minutes (cinq pour les championnats). Les takedowns sont autorisés uniquement sur réception d'un coup de pied ou dans le cadre d'un scramble naturel — les doubles et singles legs sont interdits pour éviter la domination du wrestling. Le travail au sol est limité à cinq secondes de frappes debout sur un adversaire au sol, sans ground-and-pound prolonge ni soumissions. Le scoring suit un système a 10 points qui privilégie l'agressivité efficace et les techniques de jambes.

Ce positionnement permet à Karate Combat d'attirer des karateka de haut niveau qui ne souhaitent pas basculer vers le MMA pur. La promotion a recrute des athlètes de plus de 40 pays et produit des événements dans des lieux spectaculaires, comme le 102e étage du One World Trade Center à New York. Le modèle économique repose davantage sur la production audiovisuelle et la diffusion numérique que sur la billetterie classique, les premiers événements ayant été organisés devant un public sur invitation uniquement.

Le grappling professionnel : WNO, ADCC et le Craig Jones Invitational

Le grappling — lutte au sol sans frappe, issue du jiu-jitsu brésilien et du wrestling — a longtemps été un sport confidentiel réserve aux initiés. En quelques années, il est devenu un spectacle à part entière avec des prize money significatifs et des audiences en croissance.

L'ADCC (Abu Dhabi Combat Club) reste la référence historique du grappling no-gi. Ses championnats du monde, organisés tous les deux ans, sont les plus prestigieux de la discipline. Les qualifications pour l'ADCC 2026 ont vu des centaines de grapplers concourir lors de trials continentaux — Europe, Asie-Oceanie, Ameriques — signe d'un bassin d'athlètes en expansion. FloGrappling, partenaire médiatique exclusif, a renouvele son contrat avec l'ADCC jusqu'en 2026 au minimum, couvrant les Mondiaux, les trials et les Opens. Les prize money ont été augmentes pour mieux remunerer les champions.

Who's Number One (WNO), également diffusé sur FloGrappling, propose des superfights réguliers entre grapplers de premier plan. Le WNO 31 a eu lieu en décembre 2025 à Austin, Texas, avec un combat pour le titre poids lourd entre Luke Griffith et Felipe Pena. Ces événements contribuent à professionnaliser la discipline en offrant une scène régulière aux athlètes entre les grands championnats.

L'événement le plus disruptif a été le Craig Jones Invitational (CJI). En août 2024, Craig Jones, grappeur australien et personnalité médiatique du jiu-jitsu, a organisé un tournoi au Thomas & Mack Center de Las Vegas avec un prize money inédit : un million de dollars pour le vainqueur de chaque catégorie de poids. Chaque participant recevait 10 000 dollars simplement pour concourir. Nick Rodriguez a remporté la catégorie +80 kg et Kade Ruotolo la catégorie -80 kg. Le CJI 2, organise en août 2025, a adopté un format par équipes inspire du Quintet, avec un million de dollars à partager pour l'équipe gagnante et 100 000 dollars pour la division féminine. La question du financement — trois millions de dollars de prize money sans sponsors visibles en 2024 — reste un sujet de débat dans la communauté.

En chiffres : les nouvelles disciplines en données

Les causes : pourquoi ces disciplines émergent maintenant

Plusieurs facteurs convergents expliquent cette efflorescence. Le premier est la maturité du MMA lui-même. Avec la legalisation dans la plupart des pays occidentaux et la consolidation de l'UFC comme organisation dominante, le MMA a ouvert la voie à d'autres formats de combat en legitimant l'idée que des disciplines autrefois marginales pouvaient devenir des sports regulementes et televises.

Le deuxième facteur est la puissance des plateformes numériques. YouTube, TikTok et les réseaux sociaux permettent à des promotions naissantes de toucher des millions de spectateurs sans passer par les circuits televisuels traditionnels. Power Slap a bati son audience presque exclusivement sur YouTube. Le CJI a été diffusé en streaming gratuit. Ce modèle réduit considérablement les barrières à l'entrée pour les nouvelles disciplines.

Le troisième facteur est l'appétit des investisseurs. Le rachat de l'UFC par Endeavor en 2016 pour 4 milliards de dollars a démontré que le combat professionnel pouvait générer des retours significatifs. Depuis, des investisseurs s'intéressent à des formats alternatifs, pariant sur la croissance d'audiences niches mais passionnées. Triller a rachete le BKFC. Les accords saoudiens financent Power Slap. Le CJI a mysterieusement levé trois millions de dollars de prize money dès sa première édition.

Enfin, il y a la quête de nouveaux récits. Le public de combat cherche de la variété, de la nouveauté, des formats qui surprennent. Le Pit de Karate Combat, les gifles de Power Slap, la brutalite assumee du bare-knuckle : chaque discipline propose une expérience distincte qui répond à cette demande de diversité.

Les limites : questions de sécurité et de régulation

L'émergence de ces disciplines ne va pas sans interrogations sérieuses. La question de la sécurité des athlètes est centrale, en particulier pour Power Slap. Recevoir des gifles a pleine puissance sans possibilité d'esquive pose des risques neurologiques documentés par les spécialistes. Le fait que l'ancien président de la commission athlétique du Nevada ait publiquement regrette son approbation illustre l'inconfort institutionnel autour de cette discipline.

Le bare-knuckle boxing soulève des questions similaires, bien que le débat soit plus nuancé. Certains experts en médecine sportive estiment que l'absence de gants modifie la dynamique des frappes : les combattants frappent moins fort à la tête pour protéger leurs mains, ce qui pourrait réduire le risque de traumatismes craniens répétitifs par rapport à la boxe avec gants. Cette hypothese reste cependant discutée et insuffisamment documentee par des études longitudinales.

Sur le plan réglementaire, la situation varie considérablement d'un pays à l'autre. En France, la FMMAF (Fédération Française de MMA) reste sous l'égide de la Fédération Française de Boxe jusqu'à fin 2026 et n'a pas vocation à réguler ces nouvelles disciplines. Le bare-knuckle et le slap fighting n'ont pas de cadre légal en France a ce jour. Karate Combat pourrait theoriquement s'inscrire dans le cadre des fédérations de karate, mais son format full-contact dans un Pit dépasse largement les règles du karate sportif traditionnel.

La question de la pérennité économique se pose également. Ces disciplines reposent souvent sur un promoteur unique ou un modèle de financement opaque. Que deviendrait Power Slap si Dana White s'en desinteressait ? Quel est le modèle de revenus réel du CJI ? Le BKFC peut-il maintenir sa croissance une fois l'effet de nouveauté dissipe ? Ces interrogations méritent d'être posées sans pour autant prédire l'échec de ces formats.

La position des régulateurs : entre ouverture et prudence

Les commissions athlétiques et les fédérations sportives adoptent des positions variées face à ces nouvelles disciplines. La Nevada Athletic Commission, historiquement la plus influente dans le combat professionnel, a approuve le Power Slap mais fait face à des critiques croissantes. D'autres États américains ont refusé de sanctionner le slap fighting, et l'Alabama l'a explicitement interdit.

Le BKFC bénéficie d'une acceptation plus large : la Pennsylvania State Athletic Commission supervise ses événements avec des protocoles médicaux comparables à ceux de la boxe. La discipline est autorisée dans un nombre croissant d'États et de pays, même si elle reste interdite dans beaucoup de juridictions.

En France, le cadre réglementaire des sports de combat est structuré autour des fédérations deleguataires. La FMMAF couvre le MMA. La FFBoxe couvre la boxe anglaise, le kickboxing et le muay-thaï. Le grappling relève de la Fédération Française de Lutte ou des fédérations de jiu-jitsu. Pour les disciplines émergentes comme le bare-knuckle ou le slap fighting, il n'existe pas de cadre spécifique, ce qui signifie qu'elles ne peuvent pas être organisées sous forme de compétitions officielles sur le territoire français en l'état actuel de la réglementation.

Ce que ces disciplines disent du combat aujourd'hui

L'émergence de ces nouveaux formats révèle plusieurs choses sur l'état du combat professionnel en 2026. D'abord, que le MMA n'a pas tue les autres disciplines — il les a au contraire stimulees. En legitimant le combat comme spectacle sportif grand public, le MMA a créé un espace ou d'autres formats peuvent exister et prospérer. Le public forme par l'UFC est désormais curieux, ouvert, dispose à explorer des variantes.

Ensuite, que la frontière entre sport et divertissement continue de se brouiller. Power Slap et son milliard de vues YouTube mensuelles illustrent un modèle où la viralité compte autant que la légitimité sportive. Karate Combat et ses decors en CGI assument pleinement la dimension spectaculaire. Le CJI, avec ses prize money hors norme et son financement mystérieux, ressemble autant à un événement médiatique qu'à un championnat. Cette hybridation n'est pas nécessairement négative, mais elle pose la question de ce que nous attendons d'un sport de combat.

Enfin, que la régulation devra évoluer pour accompagner ces nouveaux formats. Les commissions athlétiques, conçues pour encadrer la boxe et le MMA, devront développer des compétences et des protocoles adaptés à des disciplines aux risques spécifiques. La France, qui a mis plus de vingt ans a legaliser le MMA, pourrait être confrontée à ces questions plus tôt qu'elle ne le pense.

Une chose est certaine : le combat professionnel n'a jamais été aussi divers. Que l'on observe ces nouvelles disciplines avec enthousiasme, scepticisme ou simple curiosité, elles témoignent d'un écosystème en pleine transformation — et ce n'est probablement que le début.

Sources


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