MMA 22 mars 2025 Maxime Durand

Morgan Charriere : le combattant français qui fait vibrer le MMA

Morgan Charriere : le combattant français qui fait vibrer le MMA

Le 28 septembre 2024, l'Accor Arena de Paris gronde. Près de 16 000 spectateurs scandent un nom, encore et encore. Dans la cage, un homme au crane rase et au regard perçant vient d'envoyer le Brésilien Gabriel Miranda au tapis d'un enchaînement dévastateur au deuxième round. Morgan Charriere levé les bras, hurle vers le public. Le drapeau pirate flotte dans les tribunes. "The Last Pirate" vient de signer sa troisième victoire à l'UFC, devant son public, à Paris. En quelques secondes, une arène entière se transforme en navire de forbans. Ce soir-là, Morgan Charriere n'est pas seulement un combattant qui gagne — c'est un homme qui fait vibrer tout un pays à travers le MMA.

Mais qui est vraiment Morgan Charriere ? Derrière le surnom, les célébrations spectaculaires et les finitions brutales se cache un parcours fait de chutes, de reinventions et d'une détermination féroce. Des rues de Poissy aux arenes de l'UFC, voici l'histoire d'un combattant qui a tracé sa route a contre-courant — et qui n'a pas fini de surprendre.

Les origines : de Poissy aux tatamis

Morgan Charriere nait le 26 octobre 1995 a Poissy, dans les Yvelines, à une trentaine de kilomètres à l'ouest de Paris. Son prénom n'est pas un hasard : son père l'a choisi en hommage à Henry Morgan, le célèbre pirate gallois du XVIIe siècle. Un détail qui prendra tout son sens des années plus tard, quand "The Last Pirate" deviendra l'identité de tout un combattant.

Dès l'âge de huit ans, Morgan découvre le judo. Sur les tatamis, il apprend les bases qui constitueront le socle de toute sa carrière : les projections, le contrôle au sol, la lecture du corps de l'adversaire. Le judo lui enseigne aussi la discipline et le respect — des valeurs qu'il portera jusque dans la cage, des années plus tard.

Mais l'adolescence amène d'autres influences. Fan d'animés japonais et particulièrement de One Pièce, Morgan s'identifie à l'esprit d'aventure et de liberté des pirates fictifs de la série. Cette culture pop, combinée au prénom choisi par son père, forge progressivement l'identité qui le rendra célèbre. A dix-sept ans, en 2012, il abandonne le judo pour se tourner vers ce qui deviendra sa vie : les arts martiaux mixtes.

Les débuts : champion de France a dix-sept ans

Le passage au MMA est fulgurant. Deux mois seulement après son inscription dans un club, Morgan Charriere devient champion de France de pancrace zone Nord — une compétition organisée par la FFKMDA (Fédération Française de Kickboxing, Muay Thaï et Disciplines Associées). À dix-sept ans, il démontre déjà une capacité d'adaptation hors du commun et une agressivité maîtrisée qui impressionne ses entraîneurs.

En décembre 2014, à dix-neuf ans, il passe professionnel. Ses deux premiers combats se soldent par des KO nets — une entrée en matière fracassante. Mais le MMA ne fait pas de cadeaux. Ce qui suit est une leçon de réalité : quatre défaites consécutives. Pour un jeune combattant, ce genre de série peut être fatale psychologiquement. Beaucoup auraient arrête la. Morgan, lui, décide de tout remettre en question.

C'est à ce moment qu'il rejoint la team Chapa Quente, basée à Mantes-la-Jolie. Sous la direction de nouveaux coaches, il restructure entièrement son approche du combat. Le travail porte ses fruits : à partir de 2016, il enchaîne une série de sept victoires consécutives. Il remporte la ceinture du tournoi Luxury Fight en 70 kg et la ceinture des Contenders en 66 kg. Le pirate est de retour — et il ne compte plus s'arrêter.

Cage Warriors : la conquête de l'Europe

La scène française du MMA, encore balbutiante au milieu des années 2010, ne suffit plus à Morgan Charriere. Il se tourne vers le Cage Warriors, la plus prestigieuse organisation européenne de MMA — celle-là même qui a révélé Conor McGregor au monde. Combattre au Cage Warriors, c'est affronter l'élite européenne avec la promesse, pour les meilleurs, d'attirer l'attention de l'UFC.

Le 12 décembre 2020 marque un tournant majeur. Lors du Cage Warriors 126, Morgan affronte le Britannique Perry Goodwin pour la ceinture vacante des poids plumes. Après un premier round tactique, Charriere accélère. Au troisième round, un coup au corps dévastateur plie Goodwin en deux. L'arbitre arrête le combat. Morgan Charriere est champion des poids plumes du Cage Warriors — le premier Français a détenir ce titre.

Ce moment est historique pour le MMA français. La discipline, rappelons-le, vient tout juste d'être legalisee en France en janvier 2020. Charriere prouve qu'un combattant français peut briller au sommet de la compétition européenne, a une époque où le pays commence à peiné à structurer ses competions nationales de MMA.

La suite au Cage Warriors est plus contrastee. Il perd sa ceinture face à Jordan Vucenic en mars 2021 par décision unanime, puis s'incline contre Paul Hughes en octobre 2021 lors d'un combat pour le titre interim. Mais ces défaites, loin de le diminuer, renforcent sa réputation de combattant courageux qui n'esquive personne. En juillet 2023, il signe sa dernière victoire au Cage Warriors — un KO contre Diego Silva — avant de recevoir l'appel tant attendu.

L'UFC : le rêve du pirate devient réalité

Début août 2023, la nouvelle tombe : Morgan Charriere signe avec l'Ultimate Fighting Championship, la plus grande organisation de MMA au monde. Pour un combattant français de vingt-sept ans, c'est l'aboutissement de près de dix ans de carrière professionnelle. Mais signer un contrat ne suffit pas — il faut prouver qu'on mérite d'y rester.

Le 2 septembre 2023, lors de l'UFC Fight Night à Paris (Gane vs Spivak), Morgan fait ses débuts dans l'octogone face à l'Italien Manolo Zecchini. Dès le premier round, il impose sa marque : des coups de pied au corps d'une violence chirurgicale plient son adversaire. L'arbitre stoppe le combat. KO technique au premier round. La salle explose. Cerise sur le gâteau : il remporte le bonus de Performance de la soirée — une prime de 50 000 dollars qui récompense les finitions les plus spectaculaires de la carte. Pour des débuts, difficile de faire mieux.

En mars 2024, il enchaîne face à Chepe Mariscal lors de l'UFC Fight Night 240. Nouvelle victoire par KO technique au premier round, a nouveau grâce à des coups de pied au corps dévastateurs. Le schéma est clair : Charriere possède une arme que peu de combattants de sa division maîtrisent aussi bien — la frappe au corps, puissante et précise, capable d'arrêter n'importe quel adversaire.

Puis vient le 28 septembre 2024 et l'UFC Paris, à l'Accor Arena. Face à Gabriel Miranda, Morgan livre un combat intense de deux rounds avant de trouver l'ouverture fatale. KO au deuxième round. Trois combats UFC, trois victoires, dont trois finitions. Le public parisien a trouvé son héros.

Les épreuves de 2025 : la trempe du pirate

L'année 2025 met la résilience de Morgan Charriere à l'épreuve. En mars 2025, il se déplace à Londres pour affronter le Britannique Nathaniel Wood, un adversaire redoutable et classe dans le top 15 de la division. Wood, combattant d'expérience à domicile, l'emporte aux points après trois rounds acharnés. C'est la première défaite de Charriere à l'UFC — et elle intervient en territoire hostile, loin du soutien du public français.

Mais "The Last Pirate" répond de la plus belle des manières. En juillet 2025, a Nashville, il affronte le veteran américain Nate Landwehr — un combattant réputé pour son agressivité et sa capacité à encaisser les coups. Charriere ne lui laisse aucune chance. Un deluge de frappes au premier round envoie Landwehr au tapis. KO technique. Le message est limpide : Morgan sait rebondir après une défaite, et il le fait avec éclat.

En décembre 2025, il affronte le Brésilien Melquizael Costa. Ce soir-là, les choses ne se passent pas comme prévu. Costa place un coup parfaitement time dès les premières secondes du combat. KO a 1 minuté 14 du premier round. Une défaite rapide et brutale, qui rappelle la réalité du MMA de haut niveau : dans l'octogone, une seconde d'inattention peut tout changer. Avec un bilan UFC de 4 victoires et 2 défaites début 2026, Morgan Charriere reste solidement ancre dans la division des poids plumes de l'organisation.

Le style du pirate : agressivité et coups de pied au corps

Ce qui distingue Morgan Charriere dans la division des poids plumes de l'UFC, c'est d'abord sa capacité de finition. Sur ses 21 victoires professionnelles, 13 sont venues par KO ou TKO — un ratio de finition par arrêt qui témoigne d'une puissance de frappe supérieure à la moyenne de sa catégorie. A cela s'ajoutent 3 victoires par soumission, preuve que son background en judo ne s'est pas evapore.

Son arme signature ? Le coup de pied au corps. Qu'il vise le foie, les côtes flottantes ou le plexus solaire, Charriere possède un timing et une précision dans cette technique qui font de lui l'un des meilleurs spécialistes de la frappe au corps de sa division. Ses KO contre Zecchini et Mariscal l'attestent : quand le coup de pied du pirate trouve sa cible, le combat est généralement termine.

Mais réduire Charriere a un seul coup serait une erreur. Forme à la boxe française et à la luta livre chez Chapa Quente, il possède un registre technique large : enchaînements poings-pieds rapides, travail de distance efficace, transitions debout-sol fluides. Son cardio solide lui permet de maintenir un rythme élevé sur trois rounds — un atout qui se révèle décisif dans les combats serres.

Au-delà de la cage : le pirate médiatique

Morgan Charriere n'est pas seulement un combattant. C'est aussi un personnage, au sens noble du terme. Dès 2017, il lance sa chaîne YouTube où il partage son quotidien d'entraînement, ses coulisses de combats et sa vision du MMA. Dans un sport où la visibilité médiatique peut faire la différence entre un contrat UFC et l'anonymat, Charriere comprend très tôt que le combat se joue aussi en dehors de la cage.

Le tournant médiatique arrive quand le streameur Kameto l'engage comme coach pour son projet Plus jamais gros, une série YouTube où il accompagne Kameto dans sa transformation physique. Le format cartonne et propulse Morgan auprès d'une audience bien plus large que les seuls fans de MMA. Avant même son premier combat à l'UFC, Charriere comptait plus de followers sur les réseaux sociaux que certains champions en titre — une situation inédite pour un combattant français.

L'identité pirate, elle aussi, participé au phénomène. Le drapeau noir dans les tribunes, les entrées spectaculaires, le cri de ralliement des fans — tout cela crée une atmosphère unique lors de ses combats. À l'UFC Paris, les sections entières de supporters agitant des drapeaux pirates sont devenues une image iconique du MMA français. Morgan Charriere a compris que le spectacle fait partie intégrante du sport — sans jamais sacrifier le sérieux de sa préparation athlétique.

Ce que le parcours du pirate raconte du MMA français

L'histoire de Morgan Charriere est indissociable de celle du MMA en France. Quand il commence sa carrière professionnelle en 2014, les arts martiaux mixtes sont encore interdits sur le sol français. Les combattants hexagonaux doivent s'expatrier pour combattre — un handicap considérable face à des pays où la discipline est reconnue et structurée depuis des décennies. Charriere construit l'essentiel de sa carrière pré-UFC sur le circuit européen, principalement en Angleterre au Cage Warriors.

La legalisation du MMA en France en janvier 2020 change la donne. Et quand l'UFC pose ses valises à Paris pour la première fois en septembre 2022, c'est toute une génération de combattants français qui peut enfin briller devant son public. Morgan Charriere incarne cette génération. Il a connu l'époque où combattre en MMA en France était quasi clandestin, et il vit maintenant celle ou l'Accor Arena se remplit pour acclamer les combattants français dans le plus grand spectacle de MMA au monde.

Avec un record professionnel de 21 victoires, 12 défaites et 1 no-contest (mis à jour en 2026), et un bilan UFC de 4-2, Morgan "The Last Pirate" Charriere est à vingt-neuf ans dans la force de l'âge. Son parcours — les débuts fulgurants, les défaites formatrices, la reconstruction, le titre au Cage Warriors, la signature UFC, les KO spectaculaires à Paris — dessine l'arc narratif d'un combattant qui n'a jamais renoncé. Le pirate continue de naviguer, et l'océan UFC s'étend encore loin devant lui.

Sources


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